Madagascar
Saviez vous?

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Pourquoi les noms malgaches sont ils si compliqués ?

Parce qu’au-delà d’une simple filiation, ils racontent une histoire.
Par exemple, le prince "Andriantsimitoviaminandriandehibe", signifie "le noble qui n'a pas d'équivalent parmi les nobles". Le nom de famille ne se résume pas à un mot mais à une phrase, marqueur de celui qui le porte : souvenir du jour de naissance, combinaison de noms de parents ou d'ancêtres (un individu n’est reconnu dans la société que par le nom et le groupe de ses ascendants) ou encore un souhait, un destin, une parole qui contredit un mauvais destin,). Un vrai cauchemar pour les billettistes !

Hery Rajaonarimampianina

L’ancien président Hery Rajaonarimampianina

 

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A Mada, les morts se retournent dans leur tombe 

Pratiquée sur les hauts plateaux centraux, la cérémonie du famadihana consiste à retourner les morts après les avoir exhumés, quelques années après le décès. Ce rituel, vécu comme une fête, permettra au parent de rejoindre le royaume des ancêtres. Il rappelle les rites funéraire des torajas à Bornéo. Ce qui n’est pas vraiment un hasard, puisque les premiers habitants de l’île provenaient entre autres de l’Indonésie actuelle.

Famadihana

La date du Famadihana est fixée par un astrologue. Selon la coutume, l’ancêtre, qui a froid, a besoin d’un nouveau linceul dont on l’enveloppe après l’avoir enduit de miel, et lui avoir offert du tabac, du riz ou de l’alcool. On lui fait alors faire 7 fois le tour du tombeau familial, tout en continuant à chanter et danser.

Famadihana

Le Famadihana est également pour les malgaches une façon de ne pas oublier leurs défunts. Leur rendre hommage et les respecter.
Une pratique qui peut choquer car très éloignée de la conception de la mort en Occident, mais pas moins riche d'enseignement.

 

L’empire du sacré sur « l’île des Ancêtres »

Famadihana

Cette coutume, difficilement concevable dans notre culture, est à replacer dans le contexte du culte que les malgaches vouent à leur « razanas », ancêtres. Sur cette île parfois surnommée « l’île des Ancêtres », la mort n’est pas une fin, c’est une renaissance. Un état spirituel. Le défunt est toujours là, invisible, et va pouvoir veiller sur sa famille, à condition qu’aucun fady (tabou, interdit) ne soit enfreint. Des sacrifices de zébus, de poulets, lui sont offerts, afin de lui demander sa bénédiction et protection.
C’est ainsi que des zébus furent sacrifiés pour le premier vol d’un Boeing 747 d’Air Madagascar en 1979, afin qu’aucun accident ne survienne !
Mais les ancêtres ne constituent pas leur seule croyance. Les malgaches ont un terme très poétique pour designer leur Dieu, Unique et Créateur : « Andriamanitra », alias « Le Seigneur Parfumé », ou Andriananahary, le « Suprême Créateur ». Pour les chrétiens il désigne le Dieu Yahvé de la Torah, et pour les Musulmans, Allah. Mais il est commun à tous les Malgaches.
Pourquoi Parfumé ? Juste avant que Dieu ne se présente devant un prophète, ce dernier dit sentir une « odeur suave et sucrée". Au pays de l’Ylang Ylang, ce parfum est devenu le signe des manifestations divines.

 

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La légende des lacs sacrés

Plusieurs lacs, comme celui d’Antanavo (près de Diego), sont sacrés et source de légende. Les malgaches sont persuadés que les crocodiles du lac étaient anciennement les habitants du village, réincarnés par un voyageur assoiffé, à qui les villageois avaient refusé de l’eau.

Crocodile Madagascar

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Potions magiques malgaches

Avec une biodiversité qui pète tous les scores et un taux d’endémicité culminant à 80% (près de 12 000 espèces végétales ne se trouvant nulle part ailleurs dans le monde), Madagascar est le royaume des plantes médicinales … ou cosmétiques, dont les femmes connaissent tous les secrets. Leur armoire à pharmacie se trouve dans la nature ou chez l’herboriste du coin. Moins cher que chez le pharmacien...

Les guides des parcs nationaux vous en feront découvrir quelques unes, qui rentrent d’ailleurs parfois dans la composition de nos médicaments et huiles d’aromathérapie. Voici quelques exemples de ce trésor végétal :


Le Ravintsara, « l’arbre aux bonnes feuilles » 

La plus connue en Europe. Sans vouloir faire ma Rika Zaraï 2.0, j’utilise moi-même cette plante en huile essentielle, pour éviter les rhumes et autres parasites hivernaux. Elle a en effet des vertus immunostimulante, anti-infectieuse, antivirale. Et ce n’est même pas un malgache qui me l’a conseillé, mais ma mère ! Et en plus elle ne coûte rien.

Ravintsara

Le Ravintsara n’est pas à proprement parler endémique. A l’origine, c’est un camphrier asiatique introduit à Madagascar, ayant développé une composition biochimique spécifique. Il ne contient pas de camphre. Attention, il est déconseillé durant les trois premiers mois de grossesse.


L’Aloe vera (ou Vahona)

Très employée sur l’île rouge. On connait déjà les vertus hydratantes de l’Aloe vera, mais elle est aussi cicatrisante; les malgaches utilisent leur gel en application ou en boisson avec un peu de miel (afin d'éviter le goût trop amer) pour soigner les plaies. Elle contribue également à soigner les ulcères, les troubles de l’appareil digestif, et est un parfait anti-inflammatoire naturel. Amen.
Chez nous des boissons à base d’Aloe vera sont vendues dans le commerce, ce qui est très bien, sauf si trop de sucres y sont rajoutés…

Aloe vera


La Spiruline, « L’or vert»

Cette algue bien connue des sportifs est la championne des protéines. Pour preuve, c’est la plante qu’un des participants de Koh Lanta avait choisi de cacher dans ses bagages avant d’embarquer (malheureusement pour lui, il s’est fait choper. Ne me demandez pas comment je le sais ! lol).

Spiruline

Si la qualité de la spiruline réunionnaise est reconnue, Madagascar n’est pas en reste et en produit 400 kg chaque année. Car avec son taux de protéines végétales, de fer, ses oligoéléments et ses acides gras insaturés, elle aide les malnutris (1 enfant de moins de 5 ans sur 2 l’est à Mada) à lutter contre les carences.

Le hic est son goût de nourriture pour poisson. La seule solution est de la diluer dans son jus d’orange le matin ou de la rajouter dans une salade…


Le Mandravasarotra ou Saro, celle «qui anéantit le mal »

Blindée de principes actifs (phénols, thymols, carvacols), cette plante médicinale endémique du pays est un antidote aux poisons, mais soigne aussi la grippe, la toux, la fièvre, les bronchites, les infections du foie et la simple fatigue. Beau palmarès.

La Centella asiatica, l’herbe du tigre et de l’éléphant
(Anamanitra ou Hydrocotyle)

Centella asiatica

Récemment mise en valeur par des marques cosmétiques, cette plante commence à se faire connaitre du plus grand nombre. Elle régénère la peau en favorisant la production de collagène et de fibroblastes. Mais à condition de l’utiliser correctement. Les malgaches pillent ses feuilles pour obtenir un liquide qu’elles font sécher sur la peau.
En usage interne, elle peut aider les déprimés et les personnes souffrant d'insuffisance veineuse.
Mais là encore attention,  elle est déconseillé aux femmes enceintes et allaitantes.

La pervenche de Madagascar, anticancéreuse

Là, c’est du lourd, puisque cette plante endémique malgache rentre dans la composition des traitements de chimiothérapie.

pervenche de Madagascar

Les malgaches l’utilisent pour traiter l’hypertension, les problèmes de foie, limiter le diabète ou calmer les douleurs des règles.


Le Masonjoany, le masque de beauté des malgaches

A prononcer « massounzouani », ce bois de santal réduit en poudre et mélangé à de l’eau devient une pâte utilisée par les femmes en masque de beauté. Antiride et antitache, il protège aussi de la chaleur, voilà pourquoi certaines femmes se baladent avec en plein jour, mais le plus souvent en se dessinant des fleurs sur le visage.
Les sakalavas (ethnie de l’Ouest) sont friandes de ce masque, et ca leur va plutôt bien !

Femmes Sakalava

Coutume beaucoup moins esthétique à Mayotte ou aux Comores, où les femmes appliquent sur tout leur visage le « M’zindzano », qui forme une pâte sèche jaunâtre.
Les malgaches utilisent aussi le Lawsonia inermis, un arbuste qui est en fait, le véritable henné.

Lawsonia inermis


Attention
toutefois de ne pas vous improviser alchimiste après une cueillette à Madagascar ! Il existe des dosages à respecter et les interactions médicamenteuses sont fréquentes.

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L’ordalie du Tanguin

Le Tanguin est un arbuste dans la graine du fruit est un poison violent. Il stoppe les mouvements du cœur. Les malgaches Merina des Hauts Plateaux s’en servaient pour déterminer, par justice divine, si un accusé était coupable ou innocent. Le plus souvent, l’accusé devait avaler des morceaux de peau de poulet puis boire une mixture à base de ce fruit, après qu’une imprécation à l’esprit du tanguin, Manamango, ait été formulée. Le malheureux devait alors manger une grosse plâtrée de riz, que le poison lui faisait vomir. Si les 3 morceaux de poulet étaient retrouvés, l’accusé était déclaré innocent. S’il n’en manquait ne serait-ce qu’un seul, la mise à mort était immédiate ou on laissait le malheureux agoniser.

Tanguin

Entendez, écoutez, ô Manamango, vous êtes maintenant parvenu jusqu’à son ventre!
Le voyez-vous car vous êtes maintenant mêlé à lui et à ses os : s’il a ensorcelé, mettez-le à mort!  Que sa vie s’achève! Puisse-t-il mourir !

Pour les accusés de prestige (royaux) la mixture était administrée à des poulets les représentant.
Une « justice » malléable dans les mains des accusateurs puisque le dosage, effectué par  l’ampitanghena, pouvait différer et les fruits être plus ou moins mûrs, selon le résultat qu’on en voulait. Il arrivait par exemple au justicier d’étouffer discrètement le poulet pour que la mort soit assuré et le verdict en conséquence.
Une épreuve judiciaire surnaturelle utilisée jusqu'au milieu du 19ème siècle, cause de beaucoup de morts.

Tanguin